A la lumière des principes psychanalytiques exposés dans la page système cognitif, nous sommes désormais en mesure de présenter comment un système artificiel peut reproduire tout ou partie de la psyché humaine.
Synthétiquement, il nous faut retenir que l’Homme, dans son sens le plus vaste, est la composante des interactions entre les 3 grandes entités que sont le Ça, le Surmoi et le Moi, chacune traitant les données de façon plus ou moins consciente.
Reste donc a cadrer le rôle exact de chacune de ces entités, la façon dont elle opère et, dans un registre plus général, ce que sont des processus conscients et inconscients.
Afin d’être plus compréhensible, nous allons amorcer notre investigation sur le concept du Surmoi. En effet, l y a eu, il y a et il y aura vraisemblablement encore pendant longtemps, de vastes débats sur l’entité composante de l’Homme qui est le moteur de son évolution. Sans entrer dans les détails, beaucoup de personnes estiment que le Ça est le véritable moteur de l’Homme, la chose qui le pousse à vouloir maitriser son environnement et donc, par voie de fait, est à l’origine de son évolution vers l’intelligence. Le Ça est perçu comme notre composante animale, insouciante, incontrôlée, en dehors du temps… Ce serait cette partie « animale » de l’Homme, craintive, qui afin d’assurer la perpétuation de l’espèce l’aurait poussé vers la nécessité d’exploiter des outils pour adapter le milieu dans lequel il évolue plutôt que le contraire. L’Homme est faible et s’il avait du compter sur ses seules capacités physiques, aurait probablement disparu depuis fort longtemps. Mais heureusement un Ça avide de vivre et de se reproduire en aurait décidé autrement en faisant de l’Homme un animal sociable, le plus sociable de tous malgré les annonces chocs de certains biologistes – en recherche de budgets - qui se perdent d’admiration devant la complexité de certaines colonies d’insectes. Revenons un peu sur Terre… La société humaine n’a pas d’égale connue au sein du règne animal, même de très loin, et c’est donc par là qu’il faut rechercher ce qui nous singularise.
Effectivement, notre Ça a du en quelque sorte « ravaler » son ego, ses craintes des autres et ses besoins compulsifs. Mais cela n’a pas pu se faire « en interne » car les forces vitales qui l’animent sont bien trop puissantes pour être dévié de leur cap initial. La solution que la psyché humaine à élaborée pour permettre à l’Homme de vivre en société est beaucoup plus subtile et efficace qu’une refonte complète d’un Ça parfaitement opérationnel. Elle à mis en place une sorte de filtre capable de juger une « pulsion », la comparer avec un modèle accepté par tous et la laisser s’extérioriser (ou non) en y apportant quelques modifications si nécessaire. Ce filtre n’est autre que notre Surmoi. Celui ci, pour être efficace, doit donc posséder les trois compétences que sont :
• La capacité d’apprendre (afin d’intégrer au fur et à mesure les éléments inédits)
• La capacité de synthétiser (afin de classer les connaissances acquises)
• La capacité de juger (afin d’estimer si tel ou tel ordonnancement de connaissance est bien ou mal)
Fonction de l’activité du Surmoi, le Ça sera plus ou moins satisfait et donc (raisonnement très limitant mais pratique pour la compréhension) plus ou moins actif. En effet, une pulsion du Ça traversant le Surmoi avec peu de modifications induira chez l’individus un sentiment de bien être, de joie et/ou d’Euphorie. Le Ça ainsi satisfait, voit son potentiel de pulsion chuter et l’individus sera stabilisé intellectuellement pendant un laps de temps donné. En revanche, une pulsion systématiquement inhibée par le Surmoi induira un sentiment de frustration qui ne permettra pas au potentiel de pulsion de se décharger et donc le Ça se fera de plus en plus actif ce qui se traduit par de l’énervement, la dépression...etc.
Nous voyons donc que, en mettant de coté tous les aspects conscient de notre personne (qui rappelons le sont quantité négligeable de notre personnalité), l’équilibre entre le Ça et le Surmoi est le garant de la stabilité cognitive d’un individus. Seulement déjà un problème pointe à l’horizon… Un Ça fort devra trouver face à lui un Surmoi tout au moins aussi fort et vice et versa. Dans le cas ou le Surmoi est trop puissant (règles de vie en société trop complexes et/ou pas assez permissives), le potentiel de pulsion du Ça ne peut pour ainsi dire jamais se décharger. Le Ça se comportera comme un réacteur nucléaire… Si la pression ne peut jamais redescendre, le cœur chauffe et la réaction en chaine s’emballe. A ce stade, on parle de Névrose. Le Surmoi est perpétuellement assailli et ne peut donner satisfaction a aucun des besoins du Ça (l’individus est déséquilibré mais le dialogue avec lui est encore possible). Si rien n’est fait, alors notre « réacteur » atteint le point de fission et explose… détruisant dans le même coup de Surmoi et le Moi. On parle alors de Psychose. L’individus n’est presque plus qu’un Ça pur et, tout comme le noyau radioactif d’un réacteur, ne peut pas être approché. Le contact social est impossible (Surmoi détruit) et le dialogue intelligible n’existe plus (Moi disparu).
Pourquoi expliquer tout ceci ? Tout simplement pour montrer que le Surmoi est la pièce capitale dans toute la machinerie qu’est notre psyché. C’est elle qui régule et en tant que telle doit être la première composante à être mise en œuvre. L’analogie avec le réacteur nucléaire reste d’ailleur toujours valable ici. Dans quel ordre construiriez vous les choses ? Le système d’alimentation électrique de la ville voisine (Moi), la pile atomique (Ça) ou la piscine d’eau lourde contrôlant la réaction en chaine (Surmoi).
Un réseau électrique… sans électricité, cela ne sert pas a grand chose donc le Moi est clairement la dernière composante à implémenter dans Caliban. La pile atomique… Si nous n’avons rien pour la réguler, soit elle ne démarrera pas soit elle explosera. Le Ça n’est donc pas la première pièce du puzzle. En revanche, nous pouvons parfaitement assembler la piscine d’eau lourde. En elle même elle sera fonctionnelle et ne nécessite rien d’autre pour opérer.
Voilà donc pourquoi la projet Caliban, dans sa version appliquée à la seconde topique de Freud, débute par la mise au point d’un Surmoi opérationnel (voir plus haut les capacités que cela induit).
Ce dernier, actuellement en cour d’élaboration et dont tous les secrets (méthodologiques et techniques) vous serons livrés bientôt dans la page Surmoi de ce site, doit être capable d’apprendre, comprendre et juger. Rien de très compliqué malgré les apparences.
Le Ça quand à lui a déjà fait l’objet de 3 années de travaux mais aujourd’hui il est clair que ce dernier ne présente de l’intérêt que dans le cadre d’une confrontation avec un Surmoi efficient. Ses principes de fonctionnement seront présentés dans la page « Ça » de ce site. Ce qu’il faut retenir à son sujet est qu’il doit être « motivé » par une pulsion initiale insatiable et induisant des concepts de satisfaction et récompense très forts. Dans la psyché Humaine, il s’agit de la libido. Le besoin de se reproduire est à l’origine de la plupart de nos motivations (la volonté de réussir professionnellement n’est que, par exemple, la version sociale du besoin d’être l’animal dominant de la meute et ainsi pouvoir disposer de tout sans frustration). Cependant, il paraît clair qu’une telle pulsion « initiale » est inapplicable à la psyché artificielle (quoique la volonté de se reproduire ne passe pas nécessairement par une libido) pour des raisons qui nous semblent évidentes à tous ;)
Il faut donc trouver un substitut au moins aussi puissant et capable lui aussi de prendre milles facettes inattendues. Et bien, ce substitut n’est que la variante non sexuée de la libido ! A savoir le besoin d’établir et entretenir des contacts. Peut importe la nature de ces derniers… Du moment qu’une Psyché artificielle est soumise à une stimulation extérieure, son potentiel de pulsion chutera. En revanche, plus il s’accumule, plus le Ça artificiel en réclame et, si son Surmoi le permet, déclenche des fonctions cognitives ayant pour but de provoquer un contact. Oui, mais comment identifier, créer et déterminer quelle fonction à un instant T sera la plus à même de satisfaire un Ça artificiel ? Pour cela, ce dernier doit posséder les capacités suivantes :
• La capacité d’apprendre (afin d’intégrer au fur et à mesure les éléments inédits)
• La capacité de mémoriser un enchainement donné de circonstances
• La capacité d’estimer le degrés de satisfaction procuré par un enchainement de circonstances.
En procédant de la sorte, le Ça artificiel est capable de provoquer une pulsion (issue du besoin incontrôlable de faire baisser son potentiel de pulsion) elle même modelée par l’expérience et reproduite pour sa capacité à satisfaire le besoin initiale. Si cette dernière est muselée par le Surmoi, il va de soi que le Ça en gardera un « moins bon souvenir » et donc la provoquera moins que la fois précédente. Nous avons donc ainsi un Ça perpétuellement actif vis à vis du reste de la Psyché, usant systématiquement des stratagèmes les plus efficaces pour transcender le Surmoi et s’extérioriser dans le Moi. En cas d’échec des méthodes déjà connues, le Ça cherche à recouper ses connaissances pour créer un enchainement de circonstances inédit. Notez que cet enchainement inédit ne répond à aucun critère logique et temporel. A charge du Surmoi de le juguler ou non…
Mais nous détaillerons plus en détails plus tard la façon dont nous procédons pour créer une « pulsion de vie » dans une machine.
Enfin il nous reste à aborder les principe du Moi. C’est ce dernier qui joue le rôle d’interface avec l’extérieur et transforme en « idée » intelligibles le combat permanent entre le Ça et le Surmoi. Le Moi artificielle doit donc intégrer les capacités suivantes :
• La capacité d’apprendre (afin d’intégrer au fur et à mesure les éléments inédits)
• La capacité de comprendre (afin d’ordonner les connaissances acquises)
• La capacité d’interagir (piloter son corps (parole, mouvements, vue…etc.), décomposer les entrées en notions élémentaires, formaliser les sorties)
Concrètement, le Moi se charge de fragmenter les informations issues de l’extérieur, les compare à des modèles afin de déterminer celui qui est approprié (analyse contextuelle), enregistre la séquence d’entrée et la transmet au Ça (qui peut aboutir a une réaction inédite) tout en la comparant à un schéma logique du contexte dans lequel à lieu l’entrée. La moindre imprécision, inconnue ou limite donnera lieu à une réaction du Moi destinée à affiner le schéma général du contexte (réaction possiblement modifiée par le flux issue du Ça). Là encore, le Moi sera plus détaillé par la suite dans sa page dédiée.
Une fois tout ceci expliqué il nous reste a définit ce qu’est un processus conscient et ce qu’est un processus inconscient. La réponse n’est pas compliquée et vous verrez qu’en heuristique, la mise en œuvre des deux concepts est très simple. Un processus inconscient est un enchainement de concepts élémentaires qui ne s’exploitent pas eux même. Autrement dit, nous n’avons pas de boucles récursives sur la carte mentale ce qui revient à dire qu’un processus ne peut pas s’utiliser lui même. Quand à un processus conscient, c’est tout simplement le contraire. Des boucles récursives se produisent sur le schéma heuristique symbolisant le concept. Ces boucles récursives sont la cognition tandis que l’enchainement direct est l’instinct. Tout ceci sera sans doute plus clair quand je commencerai à vous expliquer la méthode de computation heuristique ;)
A ce stade de présentation du projet Caliban, nous parlons encore beaucoup de psychanalyse mais vous remarquerez que nous avons dors et déjà commencé à formaliser la méthode de fonctionnement de la Psyché artificielle…